DICTIONNAIRE ÉGYPTIEN ANCIEN – FRANÇAIS
Dimitri Meeks
1.- Porteur du projet
Dimitri Meeks, égyptologue, Directeur de Recherche 1ère classe au CNRS, responsable du programme « lexicographie égyptienne ancienne » à l’Institut d’égyptologie François Daumas de l’Université Paul Valéry, Montpellier III. En tant qu'auteur du « Dictionnaire égyptien ancien français », assure la maîtrise de la mise en forme et la réalisation de cette œuvre.
2.- Nature du projet
Analyser les références lexicales collectées par Dimitri Meeks au cours des trente dernières années, rédiger et publier un dictionnaire général de la langue égyptienne antique couvrant l’ensemble de l’histoire de cette langue (trois mille ans environ) et fondé sur ce matériel. Le projet devrait inclure également toutes les activités connexes indispensables à la progression du travail : dépouillements lexicaux complémentaires, recherches ponctuelles sur diverses particularités du vocabulaire, études sur l’interrelation entre le vocabulaire et l’écriture hiéroglyphique, constitution d’archives photographiques numériques de documents sources.
3.- Particularités du projet
Il s’agit du premier dictionnaire général de l’égyptien ancien en langue française depuis le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822. Il fournira, en français donc, la traduction des mots égyptiens, conformément aux études et aux recherches les plus récentes. En effet, les dictionnaires et lexiques publiés à ce jour, en allemand ou en anglais, se contentent en général de reproduire, avec des améliorations souvent mineures, les traductions proposées dans le grand dictionnaire allemand de l’Académie de Berlin publié de 1925 à 1931. La collecte des données pour ce travail avait débuté en 1897 (il y a cent dix ans) et la rédaction commença en 1906 avec des tâtonnements constants pour en fixer la méthode. En près de 80 ans notre connaissance du vocabulaire égyptien a très considérablement progressé, notre perception de la culture égyptienne ancienne s’est aussi fortement améliorée. Une mise à jour est devenue d’une urgence extrême. Les chercheurs, les étudiants, les amateurs éclairés, ont besoin maintenant d’un ouvrage totalement à jour de l’état des connaissances et qui leur évitera de longues et pénibles recherches en bibliothèque, pour peu qu’ils y aient accès. C’est ce que sera le dictionnaire du présent projet.
4.- Contraintes imposées par la langue et l’écriture égyptiennes anciennes
a.- La langue qui fut parlée en Égypte durant l’Antiquité est une langue morte. Nous ne disposons que de sources écrites et ne pouvons interroger une personne vivante qui la parlerait et nous aiderait à améliorer la compréhension que nous en avons. La situation des dictionnaires modernes, où un français ayant parfaitement dominé l’anglais et un anglais ayant parfaitement dominé le français uniraient leur savoir et leurs efforts pour élaborer un dictionnaire français-anglais, anglais-français, n’est pas possible. Celui qui élabore un dictionnaire de l’égyptien ancien est confronté, seul, à une masse de textes qui posent plus de problèmes qu’ils n’apportent de solutions.
b.- Durant ses trois mille ans d’existence, cette langue a utilisé une quantité incertaine de mots. Seuls, environ 25 000 sont parvenus jusqu’à nous. C’est un chiffre dérisoire comparé au grec qui, pour une durée semblable (1500 avant, 1500 après notre ère), en a employé des centaines de milliers. Chaque année, de nouveaux textes sont publiés qui apportent des exemples de mots rares, mal connus, d’emplois nouveaux de mots connus et, bien sûr, des mots nouveaux non répertoriés. Ces apports peuvent modifier, parfois de façon considérable, la compréhension que nous avons de tel ou tel mot et améliorer sensiblement la traduction que nous pouvons en donner. Chaque année, aussi, de nombreux chercheurs publient des études ou des notes qui font progresser notre connaissance du lexique. La dispersion de l’information est donc considérable et sa collecte exige de consulter des ouvrages répartis entre de nombreuses bibliothèques. Le dictionnaire égyptien doit donc être perpétuellement mis à jour. C’est cette nécessité qui a amené Dimitri Meeks à collecter, pendant trente ans, toutes les données utiles pour compléter et améliorer les dictionnaires et lexiques existants.
c.- La langue égyptienne antique utilise une écriture particulière : les hiéroglyphes. Leur nombre exact est inconnu. En théorie, ce nombre est illimité chaque scribe pouvant « inventer » un signe et être néanmoins compris par son lecteur. Ceci, parce que les hiéroglyphes représentent, en dessin relativement précis, des êtres, des choses que le lecteur reconnaît immédiatement. En pratique, leur nombre est mathématiquement fini puisque, l’antique Égypte n’existant plus, la création de signes a cessé. Toutefois, comme pour les mots, chaque année la publication de textes nouveaux fait connaître des signes inhabituels. Malheureusement l’égyptologie, depuis qu’elle existe, n’a jamais songé à constituer un inventaire permanent des hiéroglyphes, en dehors de quelques tentatives.
En théorie, à la fin de chaque mot égyptien, on place un hiéroglyphe qui ne se lit pas, mais indique à quelle catégorie le mot appartient ; c’est le « déterminatif ». Ce déterminatif, peut dépeindre de façon assez précise l’être, la chose ou l’action désigné par le mot qui le précède. Il est donc précieux pour la compréhension du sens des mots. En même temps qu’il collectait la documentation nécessaire au dictionnaire, Dimitri Meeks a commencé à dresser un inventaire des signes connus comme outil d’appoint à l’étude du vocabulaire.
d.- L’écriture égyptienne n’exprime pas les voyelles. Elle ne connaît pas d’orthographe fixe, un mot pouvant être écrit de nombreuses façons différentes, de manière aléatoire. Elle ne connaît pas d’ordre alphabétique, même si des tentatives en ce sens sont connues à une époque tardive. Distinguer deux mots différents écrits de façons très similaires est à la portée de tout égyptologue, mais peut receler des pièges que seules des analyses minutieuses permettent d’éviter.
Pour pouvoir classer les mots et les identifier, les égyptologues ont inventé leur propre ordre alphabétique à partir de 24 lettres latines dont certaines ont été modifiées pour rendre des sons particuliers de la langue égyptienne. Ce système (avec ses variantes) est devenu une norme internationale qui permet à chacun, du débutant au professionnel, de s’y retrouver. C’est ce système qui est utilisé pour classer les mots dans les dictionnaires et pour faire des recherches dans les bases de données. La transposition des hiéroglyphes en caractères latins s’appelle la « translittération ».
e.- Parallèlement aux hiéroglyphes, les Égyptiens de l’Antiquité ont utilisé deux types d’écritures cursives : le hiératique et le démotique. Le hiératique coexiste avec les hiéroglyphes pendant toute la durée du paganisme, depuis les origines de l’écriture jusqu’à la disparition des hiéroglyphes. Les signes hiératiques sont des abréviations : à chacun d’entre eux correspond un hiéroglyphe. Le démotique n’apparaît qu’au 7e siècle avant notre ère ; ses caractères sont des abréviations du hiératique ; la correspondance exacte entre les caractères démotiques et les signes hiéroglyphiques s’efface. Il s’agit d’une rupture culturelle majeure. En s’inspirant de ce que les Égyptiens eux-mêmes en disaient, les Grecs ont bien différencié les hiéro-glyphes et le hiéra-tique, écritures sacrées, et le démo-tique, écriture populaire. À partir de la fin du 1er siècle de notre ère l’antique langue égyptienne commence à être écrite avec des lettres inspirées de l’alphabet grec : c’est le copte, qui servira essentiellement à véhiculer les écrits gnostiques, manichéens et chrétiens. C’est là la seconde rupture culturelle.
De ce fait, il y a trois sortes de dictionnaires possibles : le dictionnaire de l’égyptien ancien (hiéroglyphes et hiératique), le dictionnaire démotique et le dictionnaire copte. Ils sont chacun porteurs d’une nuance culturelle distincte, même s’ils possèdent tous un peu de vocabulaire en commun. Traditionnellement, le dictionnaire de l’égyptien ancien renvoie aux équivalents démotiques et coptes, lorsqu’ils existent. Cela permet à celui qui le consulte de reconstituer toute la chaîne historique d’un vocable.
5.- Extensions du projet
À la première étape, qui verra son aboutissement dans la publication du dictionnaire, s’ajouteront plusieurs étapes qui viseront à la pérennisation du travail en assurant la mise à jour permanente des données qu’il contient pendant les décennies à venir. Cette opération se fera non plus sur le dictionnaire publié, mais une grande base de données consultable en ligne. Cette base replacera chaque mot dans les différents contextes dans lesquels il est susceptible d’apparaître. Pour pouvoir être consultée par le plus grand nombre, cette base devrait être multilingue. Le nombre de langues accessibles dépendra des moyens disponibles en personnes et en financement. Dans l’idéal les traductions à partir du dictionnaire français devraient pouvoir commencer peu après le début de sa rédaction.
6.- Programme de travail
Les tâches se répartiront entre le porteur du projet et ses collaborateurs. Ces derniers se verront confier, en priorité, le contrôle et le classement des références des notices les plus lourdes du dictionnaire, celles des mots les plus courants, connus par des centaines d’occurrences ceux, aussi, dont la signification est généralement la mieux établie, mais dont les nuances de sens et d’emploi restent à préciser. Cela permettra au premier de se mettre immédiatement à la rédaction du dictionnaire en prenant à son compte les notices les plus légères, mais qui concernent presque toujours les termes les plus mal connus, aux significations plus ou moins incertaines.
Au courant de l’année 2008, une maquette, présentant les premières pages du dictionnaire dans un état pratiquement définitif, sera mise en ligne sur le site de l’Institut d’égyptologie François Daumas de l’Université Paul Valéry, Montpellier III. Cette maquette permettra au plus grand nombre de prendre connaissance des caractéristiques de l’ouvrage et de faire des suggestions.
Cliquez ici pour télécharger la "Fiche Technique" du dictionnaire :
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Le travail en cours fera nécessairement apparaître quantité d’éléments nouveaux permettant d’améliorer, de modifier le sens de certains mots, voire d’en donner un à certains qui avaient été jusque là laissés sans traduction. Ces éléments, une fois analysés, formeront la matière d’études destinées à la publication. Un temps sera nécessairement consacré à la rédaction de ces études.
Au delà, le calendrier prévisionnel dépendra entièrement des moyens qui seront affectés au programme, quelle qu’en soit la source.
7.- Pérennisation
Une fois le dictionnaire publié, les éléments constitutifs d’une base de données internationale lexicale seront constamment mis à jour, au fur et à mesure des découvertes, des nouvelles études. Il sera utile, dans cette perspective, de créer un véritable service d’archive regroupant la documentation amassée pour le dictionnaire (photos, copies de textes, etc.) comme les archives déjà existantes.
© Dimitri Meeks, le 12 juillet 2007
Consulter la page consacrée aux séminaires de lexicographie donnés par D. Meeks à l'Université Paul Valéry - Montpellier III.