« Allez
dire à la ville que je ne reviendrai pas », chantait en 1976 le poète
breton Xavier Grall. Le retour à la terre semblait alors annoncer la mort de
la ville. Or, depuis, on en renouvelle les formes, on la redécouvre, on la
redessine. Ainsi en est-il des neuf villes nouvelles, récurrence
contemporaine de précédentes utopies.
Imaginées sous de Gaulle, dans les années 1960, elles sont mises en chantier
dix ans plus tard dans un autre contexte. Leurs habitants se veulent
pionniers, rêvant d’une ville à la campagne, rapidement accessible, où
l’on puisse circuler en vélo et cependant dotée des équipements les plus
modernes. Effectivement, les villes nouvelles s’avèrent une terre d’expérimentation
très diversifiée. Politiques concertées d’aménagement, intercommunalité,
autogestion des équipements et pré-animation culturelle : elles
connaissent le difficile ajustement entre utopie et réalité de terrain.
Se pencher sur leur mémoire s’impose donc à qui veut comprendre les
mutations actuelles de la ville et les sirènes de son marketing. Les villes
nouvelles entrent désormais dans l’Histoire. Dans le même temps, elles
perdent peu à peu leur caractère d’exception : cinq d’entre elles
ont déjà vu se fermer leur « Établissement public d’aménagement ».
Laboratoires où se sont rencontrées, à une période de notre histoire, des
initiatives et innovations en tout genre, comment définir aujourd’hui
l’identité des villes nouvelles ?