RECHERCHES EN COURS

L’extra-territorialité du Mont Athos (Grèce) : analyse et enjeux

Situé à l’Est de la Chalcidique, la péninsule athonite est une singularité géographique qui ne cesse d’étonner. Cette République monastique décrite par tant de chroniqueurs et voyageurs constitue le plus important regroupement de moines orthodoxes au monde. Le recensement de 2001 comptait près de 2 300 résidents répartis entre les vingt monastères souverains et leurs innombrables dépendances, mais la population locale a plusieurs fois excédé les 8 000 âmes au cours de son histoire. C’est ici que depuis plus de dix siècles se tiennent des débats théologiques passionnés dont les retentissements affectent la totalité du monde orthodoxe. Les saints moines et ermites -connus ou anonymes- qui ont arpenté les terres athonites n’ont cessé de susciter l’admiration de leurs contemporains.

Ce rayonnement international a pour corolaire un isolement géographique savamment organisé. Le Mont Athos bénéficie d’un statut juridique spécial au sein de l’Etat grec qui lui confère une autonomie réelle de fonctionnement et de gestion. L’accès à son territoire est restreint et soumis à autorisation préalable. La présence de femmes est interdite. Les touristes ne sont pas les bienvenus. Ils trouveront de quoi sustenter leurs appétits balnéaires près d’Ouranoupoli ou dans un autre village de Chalcidique plus propice aux défoulements estivants. Seuls les pèlerins motivés et dûment accrédités se voient autoriser un séjour dont la durée ne peut excéder quelques jours.

Les tracas de la vie moderne, le brouhaha et la pollution des villes grecques, le saccage des littoraux, l’anarchie de l’urbanisation hellénique et les excès de l’agriculture intensive ne trouvent ici plus d’échos. Le Mont Athos est ainsi tout entier considéré comme un conservatoire naturel. Les classements internationaux et les mesures juridiques de protection semblent superfétatoires. La protection de la nature est un des fondements de la paix monastique depuis des siècles. La frontière qui sépare la péninsule du reste de l’Hellade et du monde s’avère ainsi bien plus hermétique que toute autre frontière balkanique… ou limite de parc naturel. Sa stabilité spatiale et sa continuité temporelle ont de quoi faire blêmir n’importe quel Etat voisin, dans un contexte régional où les querelles territoriales et les conflits nationalistes n’ont eu de cesse de se développer. L’Athos peut-il être érigé en paradigme géographique d’un territoire qui échappe aux vicissitudes du changement ? L’immobilisme qu’on lui confère souvent sur le plan institutionnel et le dogmatisme théologique qui en serait la contrepartie spirituelle se fondent-ils sur un équivalent géographique ?

Afin de répondre à ces questions et de dénouer cet écheveau complexe, de longues recherches ont été menées au fil des ans en Chalcidique et aux quatre coins de la Grèce. Ce travail de fond a été effectué en-dehors de tout programme de recherche national ou international. Ouvrage en cours de rédaction.

Les confins frontaliers gréco-albanais et gréco-bulgares : disparités et intégration

Les marges septentrionales de la Grèce ont été soumises depuis le début des années 1990 à des bouleversements majeurs. Les 1 200 km de frontière terrestre qui séparent la Grèce de l’Albanie, de la République de Macédoine, de la Bulgarie et de la Turquie se sont progressivement ouverts pour laisser place à de nouveaux échanges de biens et de personnes. Cet événement fondamental peut être décrypté sous un angle géopolitique ou géo-économique à macro-échelle. Toutefois, l’impact local des changements a été peu étudié.

Pendant près de cinquante ans cette portion balkanique du rideau de fer est restée hermétiquement close. Les tensions ont été vives, notamment entre Athènes et Tirana. Parsemée d’imposants massifs montagneux, l’Epire est une région aujourd’hui partagée entre la Grèce et l’Albanie. L’ancien vilayet ottoman peuplé d’Albanais, de Grecs, de Juifs, de Valaques, de Turcs et de Macédoniens, dominé par l’influence de la ville de Iannina, a été divisé en 1913 par le traité de Florence. Depuis, la région a été soumise aux aléas des relations souvent conflictuelles entre les deux pays. La frontière a été hermétiquement fermée de 1945 à 1985 ; l’état de guerre déclaré en 1941 n’a été abrogé qu’en 1987. Soumise à une marginalisation forcée et à une vaste déprise rurale, la région frontalière gréco-albanaise a subi une restructuration socio-économique et spatiale radicale, directement dirigée par les deux capitales rivales. Le même type de recomposition spatiale a affecté le Rhodope méridional, même si les relations entre Athènes et Sofia ont été moins tendues.

Sur le plan strictement local, des territoires auparavant centraux se sont retrouvés en situation de confins. Les autorités militaires ont durablement pris le contrôle d’espaces voués à une économie agricole résiduelle. Cette opposition profonde d’organisation, de contrôle et de développement des territoires entre modèles socialistes au nord et économie libre au sud a produit des paysages très contrastés. Mais comment appréhender cette divergence de destinée et les disparités socio-économiques ou paysagères qui en ont découlé ? La logique séculaire de fragmentation a-t-elle réellement été mise à mal par l’ouverture récente des frontières ?

Les recherches entamées sur ce thème ressortissent de deux programmes scientifiques dont certains résultats ont déjà été publiés :

- APN La « question d’Epire » : intégration et développement de la région frontalière gréco-albanaise (CNRS, 2000-2002).

- ACI Frontières et territoires dans les Balkans (Ecole Française d’Athènes, 2002-2006).