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Responsables : F. Lançon (CIRAD) et V. Lavaud-Letilleul (Univ. Montpellier III)
Mots clés : ressources circulatoires ; territorialisation des différents types de réseaux (économiques, communication, migrations, réseaux sociaux, lien culturel, etc.) ; formes, échelles et stratégie de mobilités spatiales ; supports physiques de la circulation (infrastructure, techniques, équipements) ; stratégies et pratiques de la (mise en) mobilité/circulation (mouvements sociaux, groupes d’intérêts et acteurs émergents) L’objectif de cet axe est de conduire des approches complémentaires sur la question des réseaux, et des circulations associées, comme vecteur de recompositions socio-économiques et territoriales. Il s’agit d’étudier : L’évolution des sociétés contemporaines implique un poids croissant de toutes les formes de circulation1 (des biens, des capitaux, des hommes, des informations, des valeurs et des idées) qui renvoient à de multiples phénomènes corollaires : croissance et mondialisation des échanges, recomposition des systèmes productifs et des marchés du travail, accroissement des mobilités, diversification des migrations individuelles et familiales, dynamiques de mobilisation des acteurs à différentes échelles porteurs de représentations et d’intérêt communs…Ces processus entraînent une transformation des formes de peuplement et de production, des espaces de vie et des modalités de gestion des ressources territoriales qui interrogent l’articulation local/global. De fait, les différentes formes de circulations se combinent et s’articulent à la construction de réseaux, d’ordre à la fois technique, économique et social, qui contribuent eux-mêmes à l’émergence de nouvelles formes d’organisation sociales et/ou spatiales aux échelles régionales, nationales ou supranationales. Depuis une quinzaine d’années, ces phénomènes alimentent un vif débat dans la recherche en sciences humaines et sociales sur les processus de « déterritorialisation » susceptibles de déboucher sur une possible « fin des territoires ». Or l’hypothèse est faite ici que les organisations socio-économiques de type réticulaire (et les phénomènes de discontinuités qui en découlent) ne sont pas nécessairement contraires à l’approche territoriale. En effet, les processus de transformation de la société peuvent être analysés comme le produit des interactions (sociales et économiques) entre des réseaux et espaces, mais aussi entre groupes sociaux, souvent distants mais connectés, articulés et interdépendants. La question devient alors : en quoi les dynamiques de réseaux et de circulation participent-elles d’une complexification, et du même coup, d’une redéfinition des territoires et des territorialités (multipolarité, multi-localisation, multi-appartenance, interterritorialité, spécialisation socio-spatiale etc.) ? Par ailleurs, la mobilité est loin de constituer un phénomène fluide et homogène (elle n’est pas un attribut unanimement partagé et tous les espaces ne sont pas connectés). Elle s’inscrit en effet dans une tendance contradictoire entre facilitation et restriction, entre intégration et segmentation, entre homogénéisation et différenciation. Autrement dit, les diverses formes d’expression des circulations et des réseaux interrogent la « ressource circulatoire » et posent la question d’un accès inégal à celle-ci2. En quoi la circulation et la mise en réseau constituent-t-elles (ou non) une « ressource » pour le développement des territoires et des sociétés ? Développement pour qui et pour quoi ? Quelles sont les logiques et les stratégies d’acteurs (aux échelles globales et/ou locales) qui sous-tendent ou alimentent les dispositifs de mise en réseaux et de circulation ? En termes de démarche, la géographie économique et sociale, l’économie territoriale et institutionnelle ou encore la sociologie des mouvements sociaux peuvent faire valoir des approches complémentaires sur cette question des organisations réticulaires des sociétés et des territoires dans leurs liens au développement. Cet axe entend développer de manière transversale une démarche de recherches autour de certaines notions-charnières évoquant les lieux et modalités des interactions : médiation, traduction3, interface4. En tant qu’elles se déclinent tant au plan social, économique que spatial, ces notions sont en effet au cœur des différentiels de développement, des effets de disparités et de complémentarités territoriales, et des jeux d’acteurs. Ainsi, les recherches développées au sein de l’axe pourront se décliner autour de trois entrées thématiques étroitement articulées. Thème 1. Organisation, (re)localisation et insertion des systèmes productifs dans les marchés nationaux ou internationaux. La première entrée porte sur les systèmes d’activités socio-économiques, articulant marché, travail, formation et production5. Il s’agit d’analyser les processus relevant tout autant des modes d’organisation et de (re)localisation des systèmes productifs et des supports qui permettent leur développement (infrastructures, services, etc.), qu’à des secteurs, des produits ou des filières en lien avec les logiques d’échanges et d’insertion au marché nationaux ou internationaux. Se pose la question de l’accès aux services et infrastructures (transport, informations, institutions, etc.) et à différents types de ressources, notamment sociales (réseaux) et humaines (compétences, qualification, formation, etc.). Certains objets de recherche ont été identifiés comme prioritaires pour cette entrée thématique : (1) les logiques de localisation et d’organisation des firmes et des entreprises (2) la complexification croissante des économies agro-alimentaires combinant et articulant des filières locales et transnationales (3) infrastructures portuaires et système productif. Thème 2 : Mobilités et interfaces spatiales. La deuxième questionne les pratiques et les systèmes de mobilité ainsi que les interfaces spatiales qui leur sont liées : mobilités de biens et de marchandises (échanges et transport), de l’information (rôle des TIC, nouvelles pratiques électroniques, etc.) et des individus (migrations internationales et internes). En s’intéressant à divers types d’interfaces spatiales (frontières interétatiques ou interrégionales, interfaces urbaines-rurales ou terre-mer, etc.) et aux circulations qui les animent, les recherches interrogent les capacités d’accès à la mobilité (savoir et pouvoir circuler), les constructions territoriales produites (espaces transfrontaliers, transnationaux, virtuels etc.) et les incidences en terme de développement et de politiques d’aménagement (insertion, régulation, coopération, captation des transferts, etc..). Un certain nombre d’objets de recherche peuvent être d’ores et déjà énoncés : (1) l’organisation de l’approvisionnement en produits vivriers des mégapoles du Sud et les processus d’intégration régionale associés (2) la construction de territoires transnationaux liée aux circulations migratoires internationales ou aux logiques de coopération transfrontalières, (3) la transformations des espaces littoraux en lien avec les logiques d’échanges et de circulation (4) l’émergence de nouveaux territoires et pratiques numériques. Thème 3. Logiques sociales de réseaux et mobilisation des acteurs. Une troisième entrée s’intéresse plus spécifiquement aux logiques sociales et aux nouvelles formes de mobilisation des acteurs qui participent au développement des mobilités et des réseaux. Il s’agit d’analyser notamment les différentes formes de l’action collective, institutionnelles ou non (mouvements sociaux en milieu rural ou urbain, groupes d’intérêts, organisations familiales, communautaires, associatives, etc.) qui, en jouant un rôle de médiation entre plusieurs mondes sociaux, intègrent et façonnent les dynamiques de mobilités et de réseaux via des processus de socialisation, de diffusion, de circulation (de ressources matérielles ou symboliques, d’idées, de normes…). Les objets de recherche privilégiés au sein de cet axe concerneront, entre autres : (1) la place des organisations paysannes et leur capacité de mise en réseaux (2) le rôle des organisations familiales, communautaires ou associatives dans les dynamiques migratoires (3) la recomposition des communautés portuaires dans la gouvernance territoriale. [1] Le terme de « circulation » est entendu ici au sens large et générique qui désigne le déplacement d’un lieu vers un autre. Il peut être assimilé, en ce sens, au terme de mobilité. [2] La « ressource circulatoire » est ici entendue comme une opportunité et une stratégie d’actions permettant de circuler ou faire circuler, et par là-même une mise en liens des lieux et des hommes. [3] Ces deux notions évoquant en sociologie le travail spécifique d’acteurs à la charnière entre différents mondes, espaces ou groupes sociaux, entre différents forums, et jouant un rôle clé dans la circulation de biens matériels et immatériels entre ces sous-espaces. [4] La notion d’interface renvoie à « un plan ou une ligne de contact entre deux systèmes ou ensembles distincts » (Brunet et al., 1993). Elle suppose et traduit une limite, une discontinuité et donc une rupture. Mais agit en même temps comme un point de jonction et d’échange permettant le lien, l’interaction voire la transmission. (Voir les travaux du groupe de recherche « interfaces », L’Espace géographique, 2008-3, 193-207). [5] Les systèmes d’activités agro-ruraux seront traités dans l’axe 1, ce qui n’empêchera pas d’établir des passerelles de collaboration entre les deux axes. |