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La notion de développement culturel est désormais banalisée dans le discours sociétal, scientifique et politique. Elle qualifie le terme de développement, apparu au cours des années 1970-80 dans les pays industrialisés, pour exprimer l’émergence de processus inédits dans le contexte d’une compétition entre espaces d’échelles variées et d’une interconnexion croissante des territoires au sein de réseaux. Souvent (volontairement ?) imprécis, le terme de développement est fréquemment associé à la « crise » des territoires. Local, il répond à la désertification du rural ; social, à la crise urbaine ; durable, à celle de l’environnement ; culturel, à celle de la cohésion sociale… Cette ambiguïté suscite quelques interrogations : peut-on y voir une « panacée » dont l’efficacité reste à prouver ? Un expédient pour éviter un engagement politique fort sur les problèmes que le développement culturel est censé résoudre ? S’agit-il au contraire d’un outil moderne des politiques publiques susceptible d’échapper aux contraintes d’instruments traditionnels très strictement normés ? En effet, cette ambiguïté permet à la fois de lui conférer une souplesse en tant qu’outil de politique de gestion des territoires, et à la fois d’éviter la contrainte d’un engagement trop important en y rattachant des éléments parfois disparates ressortant d’autres politiques (sociale ou économique en particulier). Mais cette souplesse le rend difficile à théoriser du fait de la diversité de ses usages et de la multiplicité des représentations associées. Le développement culturel propose un ensemble de représentations autour des thèmes de l’attractivité des territoires, de la créativité des sociétés et du lien social. Associé à la diversité, il inspire l’idéal d’une recomposition des politiques culturelles fondées sur la participation et la multiplicité des acteurs. Appliqué au territoire, il motive et justifie les analyses d’impact économique de la culture, considérée comme facteur de développement local, malgré les incertitudes sur la réalité du phénomène. Le lien entre culture et créativité ouvrirait de nouvelles perspectives, les activités culturelles constituant en quelque sorte une source de capital créatif pour l’ensemble des activités économiques. L’économie dans son ensemble aurait tendance à se « culturaliser ». Autrement dit, ce secteur dont la croissance est supérieure à la moyenne, en Europe, aurait tendance à cristalliser les espoirs de développement économique et social, d’innovation, de cohésion. Les notions de district (culturel), de polarisation ou d’attractivité, expliqueraient désormais les vertus du secteur culturel et créatif. Le colloque se propose de mieux comprendre le phénomène de survalorisation de la notion de développement culturel, devenue une sorte de lieu commun, dans un contexte marqué par l’affaiblissement de l’économie industrielle, par la montée des immatériels et par la croissance de l’emploi tertiaire. Il s’agit dans un premier temps d’interroger les conditions et le(s) moment(s) de son émergence dans différents champs (les politiques publiques, les sciences sociales), d’en répertorier les manifestations dans les pratiques sociales, afin de cerner le flou qui l’entoure. Le questionnement s’articule dans deux directions. 1 - Le développement culturel : une définition improbable, un concept introuvable ? Une définition du développement culturel est-elle possible ? Peut-on l’expliquer de manière intrinsèque ou bien par association ? En effet, la notion en soi ne signifie rien, mais, selon qu’on l’envisage comme ressource territoriale, instrument de reconfiguration territoriale ou de développement, elle devient beaucoup plus signifiante par association, et acquiert ainsi un sens. Ainsi, cette expression peut être déclinée autour d’une série de doublettes riches de sens, que nous pouvons recenser : développement culturel et développement économique, développement culturel et géopolitique (coopération, Europe), développement culturel et développement durable, développement culturel et jeux de subsidiarité, avec une variante sous l’angle de l’articulation des territorialités : du local au global, par exemple à travers les projets de « Pays ». On peut également mettre en valeur développement culturel et intégration des populations, développement culturel et politiques culturelles, développement culturel et valorisation du patrimoine. Cette diversité nous semble bien traduire à la fois l’intérêt du questionnement de la notion et celui de la recherche de sa (ses) définition (s). 2 - Les pratiques : mythes et réalités La culture légitime un certain nombre de politiques ; cette vision très utilitariste la conduit à rencontrer des objets variés et à se décliner dans une grande diversité de pratiques de « développement culturel ». Il s’agit donc d’interroger ces pratiques de développement culturel associées à des objets géographiques variés : développement culturel et reconversion des territoires, développement culturel et friches industrielles, développement culturel et politiques de la ville (renouvellement urbain), développement culturel et ruralité, développement culturel et démocratie culturelle, développement culturel et intercommunalité. L’objet est moins de recenser des expériences singulières que de repérer l’unicité éventuelle d’une démarche, questionner la diversité et les limites des politiques, les frontières entre développement culturel et aménagement des territoires en étant un exemple significatif. |